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Peter Biziou (1944-) est de ceux qui aiment la simplicité et l’efficacité. Ses images sont brutes, loin de la sophistication hollywoodienne, recherchant la beauté pure par la sobriété. Sur la plupart de ses plans, une source de lumière unique est (ou semble) utilisée, et bien souvent non diffusée, plongeant une grande partie de l’image et des visages dans l’ombre. On notera l’utilisation fréquente de filtres diffuseurs sur la caméra (en particulier les plans de Bugsy Malone ci-dessous) donnant ce halo si particulier autour des parties lumineuses de l’image.

Oscar de la meilleure photo en 1989 pour Mississippi Burning.

Bugsy Malone

Alan Parker  (1976)

1.

Ambiance tamisée, lumière diffuse non directionnelle (éclairage doux). Biziou éclaire tout autant le public que la scène.

2.

Idem, même si on note ici un éclairage en contrejour (ombre portée au sol) dur provoquant le jeu de brillance sur les tables, ainsi que la présence de lampes dans le champ.

3.

éclairage latéral quasiment à hauteur des personnages à l’avant plan, non ou très peu diffusé (ombre marquée de la rampe sur la jeune fille de gauche) agrémenté d’un léger contrejour venant de la droite cadre pour détacher les personnages du fond (légère brillance dans les cheveux du personnage). Le fond est éclairé également par la gauche en reprenant l »effet de l’avant plan, mais avec une direction plus zénithale (->éclairage scénique?).

4.

éclairage latéral droite légèrement diffusé, utilisation d’un filtre diffuseur sur la caméra donnant ce halo caractéristique autour des zones lumineuses.

5.

plan ici plus complexe avec différentes strates (dont une fenêtre dans le cadre) : les barreaux de l’escalier sont détourés par un rai de lumière provenant de la gauche cadre en latéral, le mur juste derrière est mis en relief par un projecteur rasant et plongeant avec des effets de drapeaux (ombre en bas à gauche) pour couper la lumière et donner du contraste. Le personnage est principalement éclairé de face voire 3/4 face (latéral donc pour la caméra) de la gauche du cadre, avec un contre jour à droite cadre. Plus un projecteur supplémentaire pour éclairer le mur autour de la fenêtre, Biziou a utilisé au minimum 5 projecteurs pour ce plan.

6.

éclairage en contre jour plongeant pour donner cette brillance sur la rampe de droite, avec en plus un filtre diffuseur sur la caméra pour le halo. Cela ayant pour but de matérialiser une lumière qui proviendrait de la verrière que l’on voit en arrière plan. Étrangement Biziou choisit de ne pas reprendre l’effet en symétrie sur la rampe de gauche laissant ainsi une grande partie du cadre dans l’obscurité, ceci certainement afin de marquer plus de contraste à son image.

7.

éclairage en deux parties : le bas de l’escalier, avec une direction de lumière très marquée (gauche cadre), et l’escalier lui même, avec une lumière très diffuse et donc sans réelle direction (source manifestement en haut des marches derrière la caméra) et sous exposée par rapport à l’espace du bas (plus sombre).

8.

Filtre diffuseur sur la caméra, lumière elle même diffusée, sans direction visible, peu de zones d’ombres : Biziou met en valeur la crème pâtissière en faisant ressortir les éléments blancs du décor.

 La Vie de Brian (Life Of Brian)

Terry Jones (1979)

1.

éclairage diffusé, sources indétectables. Aucun effet particulier, le but est de tout voir sur un même pied d’égalité (priorité au jeu des comédiens).

2.

L’éclairage est ici plus à effet, en matérialisant les rais de lumière provenant des fenêtres mi-closes (rai sur la table provenant du hors-champ droit, et présence de la fenêtre en arrière plan pour qu’on puisse interpréter cet effet du premier plan).

3.

Très vraisemblablement une nuit américaine, soit : un projecteur (ou soleil) non diffusé en latéral sur tout le décor, image sous exposée et filtre bleuté sur la caméra.

4.

source unique ici aussi, vraisemblablement le soleil.

5.

Typiquement le genre de plan que l’on pense éclairé en lumière totalement naturelle. Le rayon de soleil qui tape sur le bâtiment en arrière plan a la même direction que l’éclairage principal en second plan (les acteurs). La source principale est donc le soleil, qui est ensuite réfléchi par une grande surface réfléchissante (on utilise actuellement des toiles blanches ou argentées ou des plaques de polystyrène) pour « déboucher », à savoir faire en sorte que l’on voit les détails des parties du visage des comédiens qui n’est pas exposée au soleil (ici à la droite cadre). Le même système doit être utilisé pour la sandale en premier plan, en version miniaturisée.

6.

Vraisemblablement aucun éclairage ici, peut être un léger débouchage pour voir un peu de détail.

Bandits Bandits (Time Bandits)

Terry Gilliam  (1981)

1.

Source unique éclairant un décor tout blanc, filtre diffuseur et fumée pour accrocher le rayon de lumière.

2.

Tout en contrejour, avec des sources de lumières dans le cadres pour donner des repères sur l’architecture, et fumée partout pour dessiner les rayons. Un projecteur derrière chaque fenêtre!

3.

Projecteur sous le sol grillagé, plan « à effet ». Utilisation de fumée.

4.

Le rayon lumineux sur les personnages reprend l’effet de contrejour dessinant la porte. Le reste de la pièce est éclairé de manière diffuse depuis la gauche cadre, et sous exposé.

5.

Fumée!

6.

Fumée et éclairage en contrejour.

7.

Lumière diffuse (brouillard)

8.

Lumière principale faciale, effet généralement peu utilisé (la source est ici quasiment dans l’axe de la caméra).

Pink Floyd The Wall

Alan Parker  (1982)

1.

Lumière diffuse, les sources sont à l’image (non pas les appliques, mais on voit nettement les rais lumineux des sources cachées dans chaque renfoncement de plafond)

2.

une seule source : la lampe.

3.

Filtre polarisant pour obscurcir le ciel, et certainement filtre coloré, peut-être en dégradé.

4.

éclairage dur venant de gauche cadre, latéral, formant des ombres très nettes. Pas de « débouchage », donc pas de détail dans les zones sombres.

5.

Source principale : télévision! (ou fausse télé avec projecteur dedans…). Biziou justifie ensuite le fait de « déboucher » le reste de la pièce en plaçant délibérément une lampe dans le champ à côté du personnage et en cadrant les spots lumineux.

6.

Lumière naturelle, plan filmé en contre jour de 3/4 pour avoir du relief sur les dunes.

7.

Source unique venant du dessus, rasante pour bien mettre en relief les remous de l’eau.

8.

La force de ce plan : a priori aucun projecteur, juste de la fumée! L’intérieur du tunnel n’est absolument pas éclairé, l’extérieur complètement surexposé. Contraste maximum et lumière diffuse.

9.

éclairage en contrejour, avec beaucoup de fumée (grosse zone surexposée dans le haut de l’image). Les personnages sont néanmoins éclairés (débouchage) par devant pour distinguer les visages et « casser » légèrement le contraste.

10.

contrejour fort pour détourer le pied et faire briller le verre. Débouchage provenant de la droite. on remarquera que le fond flou est éclairé pour donner du relief à l’image.

11.

Projecteur dans le champ et fumée : effet nuit avec fond blanc pour silhouetter les personnages, pas de débouchage (on ne veut pas voir les visages).

12 et 12bis.

Un seul projecteur! Le plus rasant possible (il se trouve juste à la limite droite du cadre) et non diffusé (ombre très marquée). Et bien sûr fumée.

13.

éclairage latéral gauche, très proche du sol (ombres très allongées) et donc très peu « réaliste », l’idée est de dynamiser le cadre et d’animer le décor par la lumière.

14.

lumière naturelle filmée en contrejour avec léger débouchage et certainement un filtre diffuseur sur la caméra.

15.

sources lumineuses à l’image, et de la fumée pour les matérialiser.

16.

lumière naturelle en contrejour (soleil dans le cadre, silhouettage).

17.

Même effet que le silhouettes féminines plus haut (11). Un projecteur unique en contrejour et beaucoup de fumée.

18.

l’avant plan est éclairé par un effet lune bleuté en contrejour avec l’ombre des montants de la fenêtre, et beaucoup de débouchage (beaucoup de détails, image lumineuse). L’arrière plan est mis en relief par une lueur orangée latérale matérialisant une source artificielle (effet : agrandit le décor en faisant deviner la présence d’un couloir). Jeu sur le contraste de couleurs (bleu/orange) sans trop l’appuyer.

9 Semaines 1/2

Adrian Lyne  (1986)

1.

éclairage en contrejour, source unique mais très étendue et donc très diffuse (en l’occurrence le frigo derrière). Plan éclairé au frigo donc…

2.

éclairage à effet : lumière dure venant du bas (ombres des échelles très marquées) et pluie drue en guise de fumée pour matérialiser les rayons.

3.

Contrejour diffusé, même jeu avec l’eau (les marches sont mouillées derrière et renvoient de la lumière venant du bas sur les visages).

4.

éclairage a priori naturel, temps gris donc lumière diffuse, filmé à contrejour et en mouillant le sol pour donner du relief.

Mississippi Burning

Alan Parker  (1988)

1.

Source unique : les phares! fumée provoquée par les voiture et filtre diffuseur sur la caméra.

2.

éclairage  dur en contrejour, aucun débouchage!

3.

On joue ici sur l’éclairage visible du décor (projecteur filtré en rouge pour l’avant plan pour reprendre l’effet rouge de l’enseigne), on n’hésite pas à laisser des parties de l’image dans le noir.

4.

éclairage diffusé en contrejour (reprenant l’effet de la fenêtre), léger débouchage.

5.

éclairage principal gauche cadre, diffusé.

La Cité de la Joie (City Of Joy)

Roland Joffé  (1992)

1.

éclairage très peu directionnel, on joue ici sur la présence des guirlandes lumineuses dans le cadre pour dynamiser.

2.

Idem.

3.

Source unique provenant de la gauche cadre. Biziou ne reprend donc pas l’éclairage venant de la fenêtre, qui aurait donné une lumière plus en contrejour.

4.

éclairage en contrejour et pluie pour séparer les personnage du fond (la foule, moins éclairée).

Fatale

Louis Malle  (1992)

1.

lumière reprenant l’effet de la lampe murale droite cadre, le fond est sous exposé pour mettre en valeur l’avant plan. Dominante jaune dans l’image.

2.

Jeu d’ombre avec effet de stores, éclairage bleuté (effet lune), et contraste coloré avec l’arrière fond (dominante jaune). Le personnage n’est pas inclus dans le décor.

3.

éclairage principal sensé provenir de la porte vitrée, donc contrejour diffusé. Mais seconde source diffusée, moins forte, placé droite cadre pour éclairer délicatement le visage en latéral.

4.

éclairage doux, très diffus, gauche cadre.

5.

Lumière assez neutre, latérale mais proche de l’axe caméra.

Au Nom Du Père (In The Name Of The Father)

Jim Sheridan  (1993)

1.

éclairage diffusé, tamisé, dans l’axe de la caméra pour le personnage devant et plus latéral pour celui de derrière (reprenant ainsi l’éclairage de la lampe dans le cadre).

2.

éclairage en contrejour et silhouettage sur le décor éclairé. Encore une fois présence de petites lumières dans le cadre pour dynamiser.

3.

Peu directionnel, éclairage doux.

4.

éclairage diffus venant du plafond éclairant les murs et détourant le personnage mais laissant son visage dans l’obscurité. Et fumée.

5.

éclairage diffus pour avoir du détail dans la pièce, mais ce sont principalement les lampes torches qui éclairent et donc dirigent l’action du plan.

6.

éclairage classique de scène de nuit: projecteur sur grue caché derrière l’avion en contrejour (on en distingue le halo autour de la queue de l’avion dans le coin haut droit du cadre). Utilisation des lampes dans le champ (spots dans l’avion).

7.

lumière sobre, diffuse, avec léger contrejour pour détacher les personnages du fond.

8.

Source principale : fenêtre (rideaux blancs pour diffuser). Débouchage.

9.

éclairage diffus en contre jour et provenant du haut pour Day-Lewis, le détachant du reste du groupe (exemple de lumière purement narrative impliquant une opposition entre ce personnage et les autres).

10.

Encore une fois, la source de lumière est visible (verrière, tubes néons). Comme pour les barreaux d’escalier du plan 1 de Bugsy Malone, les barreaux en premier plan sont détachés par une lumière latérale venant de gauche cadre (porte ouverte à gauche).

11.

Lumière très diffuse, peu d’ombres, très faible contraste.

12.

Deux espaces ici : Postlethwaite est éclairé en contrejour, visage dans l’ombre (mais avec débouchage, nous permettant tout de même de voir ses expressions) alors que Day-Lewis est éclairé par la droite.

13.

Jeu de cadre dans le cadre, accentué par l’éclairage différent des deux espaces. Avant plan sous exposé et lumière diffuse venant du bas. Arrière plan avec lumière plus dure et provenant du plafond.

14.

Lumière très diffuse avec source à l’image : les tubes fluos.

15.

même dispositif que 14 : éclairage diffus aux tubes placés sur tout le décor.

16.

contrejour, fumée, débouchage.

17.

Ce sont bien évidemment ici les flammes qui sont mises en valeur. Au niveau de l’éclairage seul le bâtiment de droite est éclairé par un projecteur situé dans le hors champs en haut à gauche du cadre, le bâtiment de gauche est totalement laissé dans l’ombre. Et bien sûr toutes les fenêtres sont allumées, ce qui pour le chef opérateur signifie un projecteur dans chaque pièce, soit ici une bonne soixantaine de projecteurs…

18.

Lumière diffuse venant du plafond. Comme pour l’intérieur prison, Biziou a avant tout éclairé son décor sachant qu’il allait devoir y tourner des plans larges avec beaucoup de figuration, il doit pouvoir le filmer sous le plus d’axes possibles.

The Truman Show

Peter Weir  (1998)

1.

effet fenêtre sur le visage de Carrey droite cadre, éclairage diffus (débouchage) venant de la gauche. Contrejour diffus sur les objets en avant plan.

2.

éclairage diffus de face, peu de contraste et pas d’ombre.

3.

Lumière dure venant de la droite, latérale (ombre portée très nette sur le sable) et éclairant aussi un peu la mer. Difficulté de ce genre de plan : cette lumière n’a aucune justification (personnage de nuit dans un lieu sans normalement aucune lumière). Il faut ruser, et il y a autant de méthode pour éclairer ce genre de plan qu’il y a de chefs opérateurs. La méthode classique serait d’éclairer en contre jour, ce que ne fait justement pas Biziou.

4.

éclairage très diffus mais directionnel (pas de débouchage à droite).

5.

Deux espaces : le magasin, « éclairé » par la porte vitrée dans le champ, et le personnage en avant plan (éclairé de 3/4 face, et donc… de l’intérieur du placard…). De même que 3, on a le choix ici entre ruser (donc lumière sans justification provenant de ce placard) ou ne pas éclairer le personnage!

6.

Si ce plan n’est pas une maquette, je ne sais absolument pas comment il a été tourné! (dans le plan le soleil se lève d’un coup, et ça ne semble pas être de l’accéléré). Je penche donc pour la maquette…

7.

Lumière diffuse.

8.

Lumière du soleil.

9.

Ed Harris est éclairé ici par le bas, grâce à une lumière très diffuse (certainement des tubes fluorescents, donnant également ces beaux reflets dans les lunettes).

10.

Silhouettage mais en gardant du détail sur les personnages donc débouchage à l’intérieur (certainement à droite cadre, gauche cadre et en contrejour, plan éclairé dans tous les sens…).

11.

Studio ou bassin en extérieur? Difficile à déterminer, en tout cas lumière zénithale droite cadre formant une ombre bien nette sur le décor.

12.

éclairage rasant venant de la gauche et du haut, léger débouchage. On note que, en soi, cet éclairage n’est pas du tout raccord avec la direction lumineuse du plan 11, alors qu’on se trouve peu ou prou dans le même axe.

http://www.imdb.com/name/nm0084695/

http://www.cinematographers.nl/PaginasDoPh/biziou.htm

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