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Gilda

Charles Vidor – 1946

10.

Composition triangulaire très sujette à interprétation, le portrait de Mundson prenant une part très significative dans la structure du plan et étant clairement mis en valeur par la lumière. Farrell (Glenn Ford) est éclairé par le haut et par la gauche comme si la lumière provenait du portrait. De la même façon Mundson (McReady) est éclairé en contre-jour légèrement par la droite pour donner la même impression!

On pourrait penser à première vue que le personnage de Mundson est ici dominant par rapport à celui de Farrell, mais nous pensons que la volonté du cinéaste et du chef opérateur est toute autre : Le portrait est ici dominant, symbole du pouvoir. Farrell se tient à ses côtés, tentant de prendre la place de son mentor. McReady se trouve en position de faiblesse, écrasé par le regard réprobateur de son propre portrait qui le fixe de haut (le regard du portrait est fixé sur lui), comme un champ contre-champ avec lui même lui reprochant de laisser Farrell prendre sa place.

11.

C’est à présent Farrell qui est plongé dans l’ombre, surveillant Gilda à son insu mais bien vite repéré. Opposition très nette entre lui éclairé en contre-jour et dont la silhouette est plongée dans l’ombre et elle avec ses habits de lumière, et son éclairage de face révélant son visage. Nouvelle occurrence d’une grille (renvoi aux stores de la salle de bal), à la fois comme séparation entre les personnages et barreaux de prison.

12.

Visage à mi chemin entre ombre et lumière, violemment découpé en deux. Lumière plongeante, crue, source ponctuelle type plafonnier. Maté aime à montrer l’état entre sommeil et éveil par une opposition ombre/lumière et de forts contrastes (voir Vampyr).

13.

3. (rappel)

Variation sur la composition du plan 3. C’est à présent Farrell qui se trouve à la place de Mundson, dans l’ombre, derrière le « grillage ». Mais l’axe de la caméra a changé et nous révèle, comme en miroir (caméra cette fois située à gauche de la fenêtre), la partie droite de la salle, toute aussi lumineuse que la première fois, mais vidée de sa foule : Seuls Gilda et le barman sont présents, observés à leur insu. Mais là où Mundson régnait sur un espace plein, festif, Farrell n’a plus qu’un air de guitare mélancolique et une salle de jeu désertée. Et au centre, bien sûr, la cause de sa chute.

14.

Clairement mise en valeur, rayonnante, dominante, Gilda est éclairée comme nous l’avons vu précédemment, lumière de face sans ombres, fort contre-jour pour les cheveux et filtre diffuseur sur l’objectif. Joli dégradé d’ombre sur l’arrière-plan servant à marquer symboliquement l’heure tardive.

15.

raccord à 90° et plan plus large, Maté conserve le dispositif éclairage de face/fort contre-jour. La caractéristique « lumineuse » de Gilda dans cette scène, l’opposant à la dissimulation dans l’ombre de Farrell et symbolisée par le lustre en haut à gauche, entouré d’un faisceau visible et délimité, placé judicieusement dans le prolongement de sa tête, telle une auréole. Contrairement à la scène du lit, Gilda se « révèle » ici n’a pas besoin de se cacher ni de mentir.

16.

Jeu d’ombres très marqué, expressionniste. McReady a dorénavant perdu son droit de visibilité, il est complètement relégué dans l’ombre (=destin, fatalité), uniquement silhouetté sur le fond éclairé. Aucune lumière sur lui, pas même un léger débouchage. Ford n’est quant à lui éclairé que de moitié, bientôt aspiré par la même déchéance. On remarque d’ailleurs l’ombre très marquée en forme de couperet au-dessus de sa tête, qui n’a d’autre utilité ni de justification que symbolique.

17.

Le dispositif se poursuit: Hayworth en pleine lumière, McReady toujours en silhouette et ce couperet d’ombre qui s’abat à présent sur la tête de Ford! Chaque élément d’éclairage est savamment disposé pour poursuivre la symbolique mise en place.

18. & 18bis.

Nouveau dialogue et ambiguïté sur le sentiment de haine/amour, et même dispositif que pour le plan 9. : le visage de Gilda reste dans l’ombre, ne révèle pas ses vrais sentiments (la peur). Elle reprend alors mot pour mot la tirade de McReady « La haine offre une sensation troublante… » et la termine par « je te hais aussi Johnny » en s’avançant petit à petit vers la lumière (18bis) pour l’embrasser, et révéler le vrai sens de ces mots.

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